Papier crayon au pied, toujours prèt à bondir sur une inspiration, notant des mots, épars papillons parmi quelques idées. Chacun sa lutte infernale, son combat.
Un coupon de soie rouge tamisait l'air, langoureusement. Une sorte d'abandon extasié amplifiait la chambre et une tenture de style indien flottait au mur. Par quel
miracle nous étions-nous retrouvé là? Quel mystère, quelle alchimie? Quelle énergie fabuleuse se dégageait de cette union, toucher son corps c'était comme pénétrer une étoile!
Il y avait de la mousse et des rochers, des forêts merveilleuses où nous pouvions prier, en paix nous allions, suivis par nos démons. Il y avait la lune, poursuivie par sa clarté, des horizons
joyeux et des rires à foison, des pleurs de rire, des jeux d'enfants et les yeux grands ouverts à boire l'éternité.
Nous étions deux temples amoureux, deux enfants ouvrant le monde, deux monstres.
Les anges n'ont pas toujours la vie facile, loin de là. Parfois c'est insupportable, quand le bonheur vire, à la profonde douleur d'être divin.
J'ai craché, amer et venimeux, me suis répandu, apitoyé sur mon sort, ce sort insensé qui me force à penser.
La solitude toujours vissée en toi, en n'importe quelle compagnie.
Je ne suis qu'un témoin, un passant. Prenant conscience que j'ai toujours su. Etant moi-même un autre. A la périphérie du paradis.
Exaltant la conscience et le coeur afin que nul ne s'endorme sans donner le sein à l'être divin qui sommeille. S'anbandonner, être attentif.
Elle m'a encouragée à sacrifier ce que j'avais de plus cher à ma quête éternelle, elle. Par amour, se donnant entièrement. Ma reconnaissance et mon respect absolu vont à cette femme fée pour ce
qu'elle m'a donné.
Notre peuple est né de la terre, a mûri au soleil, s'est gorgé d'eau de pluie, nourri de rêves. Plusieurs fois nous avons dormi dans les bois, à l'état sauvage, nous avons baigné dans les eaux
vierges de l'innocence. Bien sûr nous avons beaucoup pêché, avec plaisir, et la terre tourne encore pour nous.
Moi, forgeron de mes mots, artisan, trop fier pour se vendre aux maisons closes, moi, petit gigolo, je brade mes mots, je les sème comme tous les chênes ses glands. Il en va de la
fertilité.
Comment ne pas nous aimer tous, l'homme cet enfant, qui avons peur de grandir.
Gardien du feu ensorcelé, mon corps est l'autel d'où je prie et la nature son temple.
Regardes-toi, dans le feu intérieur, pas dans la glace.
La tragédie d'être humain, après la déchirure de la naissance, c'est vouer sa vie à retrouver ce paradis perdu, cette union avec la totalité dans la création.
Et l'écriture s'utilise comme un véhicule puissant vers la libération.
Toujours dire la même chose, toujours dire la seule chose à dire, au bon moment, oser la course à travers champs, à ciel ouvert sur d'autres cieux, la séduction des astres.
J'implore ta clémence ciel radieux, je ne serai pas fidèle à ta splendeur. Mon corps s'évade à l'horizon, libre et heureux, nuageux, extrait de la mer et attiré vers le soleil. A toi non plus
mon père je ne tiendrai pas parole. Je jure de ne suivre que mon ombre, d'obéir à la vie jusqu'à la mort et de me réveiller dans un rêve.
Ecrire c'est lutter avec l'inconnu.
Ecrire, c
'est faire reculer le mur de brouillard et de nuages épais qui nous entoure, découvrir le monde au-delà de ses projections. La vie n'est que souffrance? Je ne la vois plus que comme
objet, la vie n'est qu'étrangeté, mystère absolu, il n'y a qu'à percer, du regard, de la vision, vif tel l'éclair, toujours bien centré, au fin fond de soi-même, ancré dans son absence, être
son propre vide, voilà le théorème.
Je ne suis ni du côté du bonheur, ni de celui du malheur, je te le redis, le poète n'est qu'un témoin, il n'a pas sa place en réalité. Et je ne suis pas juge non plus, je refuse le jugement
pour n'être qu'un oeil, béant, un trou noir retourné contemplant l'éternité.