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La séduction des astres

Mardi 16 octobre 2007



Il a d'abord senti qu'on le fouillait par le fond. La porte était ouverte, il n'y avait qu'à entrer. Evidemment on le violait, mais de l'intérieur cette fois-ci.
Par deux fenètres on pouvait voir le monde. Les murs étaient vivants, chauds et vibrants, des odeurs parvenaient, la pièce était peuplée de perceptions et d'autres choses encore.
Il a tenté de fuir inutilement. Au centre, il y avair une trappe, c'est par là qu'il est sorti. Derrière on a dit que c'était l'infini.
Puis tout a disparu, plus de viol, un feu brillant brûlait en lui maintenant. C'était l'éternité en un instant. Je comprennais qu'il était à l'articulation de deux mondes.
Ses yeux étaient ouverts mais ne servaient  à rien. Quelqu'un l'avait foré, ouvert l'esprit, troué la tête vers d'autres cieux. Des visions l'assaillaient.
Quand j'ai ouvert les yeux, il s'est mis à rêver.
Remontée des ages tendres ou la vie n'était pas née, la tête dans l'étau d'être obligé d'être vivant, de naître.
Tu es derrière le trou, à l'intérieur de toi, sans y avoir jamais été, que par épisodes, que par morceaux.
Tout t'es égal. Le tu n'existe plus, quelque chose d'autre le remplace. Vierge épure d'individualité, l'individunité est née dans ce qu'on appelait moi, elle croît en toi.
Tu as toujours su, et tu as toujours fait semblant de croire que la réalité c'était seulement ce qu'on en disait. Si tu te perds, ce sera par orgueil.




 

Par voyageur anonyme
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Dimanche 14 octobre 2007




Un soleil d'arc en ciel à trois couleurs, jaune, rouge et l'autre plus difficile, trois nuages, trois tâches flottantes, une colombe au milieu et un arbre, tordu aussi, décrépit, que termine ses fleurs, on dirait des conques. C'est là qu'est né l'amour.
La larve se traîne, plus ivre et folle, baveuse d'ennui, elle rie, seule mais bien comprise, ça éblouit. Et il pleut, des lamelles de plaisir viennent l'égorger.
Dans le cercueil tout est sombre et de sang, humide. Ca tousse, la fumée ruiselle en flaques sur les parois laquées. Elle retient ou oublie, la respiration. Un battement de paupières est un voile qui tombe en flammes. Regards à travers une couche d'extase blanche, c'est ça la vitre.
Qui est-ce? Un mollusque apporté par les flots. Un univers solitaire et tourmenté, de quoi faire un corps, un être en fleur, une mer d'odeur ce serait fade à dire, plus que des sensations, à la limite du végétal.
Elle, c'est la fleur, un matin dans les brumes du bois, couchée sur la lierre ou la mousse, étale, les cheveux mouillés, blanche froideur, est allongée là comme enterrée, collée au lit mortuaire; sur la stèle à côté, une inscription, une souche au tronc décomposé, fondu, dit qu'il ne faut la déranger.
Elle repose, ainsi qu'une fée, quand il s'assoit, lentement perdu, opaque, la bouche ouverte et cendrée. Dans son ciel parfumé, la vie est exquise, perverse et meurtrière. Un temps infini et dévastateur coule.
A la pierre glissante il s'accroche, autour dansent les fleurs, bercées par le vent, courbées dans leur flottement monotone. Ondulation, caresse la peau nacrée, un lieu commun pour lui, traqué au fond de l'être, pâle dans son naufrage, les couleurs s'inscrivent, épaisses et élastiques, puis coulent, futiles, des larmes.
Et pourtant, il, tranquille dans son trou de clarté, fraiche, solaire, remue la tête en négation. Le ciel est à crever.
Elle, c'est la fleur
repose ainsi qu'une fée,
dans son ciel parfumé
coulent des larmes pourtant.




Par voyageur anonyme
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Mardi 14 août 2007





Une ombre ruisselante passe près du puits , s'y penche puis s'y noie. Puis c'est la lune qui tombe dans le puits et le trou s'illumine quand il avale les étoiles. La terre et les arbres se décollent, se ramassent dans le trou qui aspire tout. Le puits s'aspire aussi. Un instant suspendu de néant absolu et ce puits réapparaît. Tout sort du trou, se remet. Tout réintègre sa place, arbres, terre et lune, tout est parfait. Une ombre  émerge  ruisselante du trou et s'éloigne.
Titubant vers la maison dont le toit s'est envolé, vers la purée de nuages, je l'ai vue s'élever, sifflante, comme une bouilloire, disparue un instant mais j'entends son sifflement.  Je revois le point noir d'un coup, qui prend la taille d'une maison, sans forme, qui tombe et s'écrase. J'avance lentement vers ma cabane désintégrée. Des vêtements déchirés achèvent de se poser. Ma veste, que j'avais perdue!
Allons-nous en, marchons!





Par voyageur anonyme
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Lundi 13 août 2007



Eventrée, comme un fruit mûr au soleil, je la sens être de l'eau qui coule, focalisée sur la sensation d'écoulement, fluide. Il y a des jours où la grâce se pose délicieuse sur elle, où elle l'étreint.
Beauté mélancolique traversant sous la pluie, la beauté englobe tout, l'automne ruisselle des arbres, l'averse, le vent, les tourbillons de feuilles, tout concorde.
Musique blessante, violons saignants, orgues poignants, flûtes piquantes, rythme déments qui harponnent et crucifient. Dernier spécimen de l'espèce humaine, dernière mode, dernier cri.
Elle danse la mort parmi les chrysanthèmes, un feu follet bleu sortant du front en guise de troisième oeil et de diadème. Quatre charognards planent en permanence au dessus de sa tête. Elle est gauchère, mystérieuse et sagittaire, timide par jeu et fière.
Il y a des jours où tu suintes le bonheur, t'irradies, où ta fleur intérieure s'épanouïe, des moments où la puissance intrinsèque des choses se révèle à toi. Quelques brusques accélérations dans la lente éclosion.
Carrément persuadé que la vie c'est de la folie furieuse, tellement incroyable mais aussi tellement excitant, rien que d'y penser j'ai un frisson d'extase, un genre d'orgasme mystique, ça s'estompe mais quand même fortement ébranlé par l'expérience.
Puis tu fermes les yeux et tu rêves, parfois j'en suis conscient. Parfois aussi je suis conscient d'être un rêve, de son revers.
Convaincu que je suis mon propre enfer, et convaincu d'être enfermé en moi.
Nous sommes nés dans les champs, grandis dans les bois, la campagne bretonne, sous la pluie et la douceur du temps breton qui coule tout simplement comme l'eau des rivières. A l'abri, au fond d'une famille couvant ses petits, les étouffants aussi parfois quand ils en veulent trop de la vie. Après la mer et la plage tout l'été de notre enfance, souvenirs tranchants d'automne.
Histoire d'une adolescence toute en ivresse et en révolte, pour s'évader dans la réalité. Le goût acre de la prunelle sauvage en bouche, simple et naturel, sauvage et orgueilleux comme un jeune cerf, je suis presque un homme, en voie de l'être.
La lune derrière les nuages brille si forte qu'on croirait au lever du jour.Une étrange parabole à propos de l'identité vient d'être émise. Musique bouleversante.
Ici, sur la septième vertèbre du monde, pour voler il suffit que ton corps le veuille. L'esprit limpide, livré à lui-même à l'évidence. Pureté du son, vide intérieur. Les arbres nous renseignent beaucoup sur nous-même quand on y prête attention.
Tu devrais te mettre à genoux et implorer. Dans la posture du Christ sur la croix, quelle puissance me foudroie!
Aborder la vie chaque jour avec enthousiasme c'est l'essentiel, serein quoi qu'il advienne.
Conscient que d'un certain point de vue toutes les propositions sont égales, elles n'ont aucune valeur. La virginité est un état d'esprit, tellement évident.
Se sentir bien, profondément bien dans son corps. A l'aise, prèt à sauter.
Ecrire comme on sent, éperduement. La poésie elle est partout, c'est pas autre chose que la vie elle-même, une manière de voir et d'envisager la vie. Et ce n'est pas un regard c'est une vision, une vision sur la vie, utilisant sa mort comme moteur.
La brume en grumeaux dépose doucement sa magie sur les toits. C'est une nouvelle vibration qui souffle en nous, un courant différent qui nous parcoure.
Lumière merveilleuse d'après l'averse un après-midi d'automne flamboyant, la nature dégouline. On peut comparer ce qui s'écrit à ces feuilles qui jonchent et sillonnent les rues, la mort dans sa splendeur, fière et envoutée, part en lambeaux, s'évade.
Nous sommes tous enfermés dans une image du monde dans ce miroir, disparus, fondus, perdus entre les deux côtés, et nous avons la prétention d'apprendre à voler.
Je veux qu'on m'enterre allongé sur un lit de fougères sèches au milieu d'une prairie abandonnée au bord d'un ruisseau. Je veux qu'on festoie devant un feu de joie et de beauté, que l'on ôte les armures, dépose les masques sur l'autel des guerriers révélés.
Très heureux d'avoir épousé le mouvement de la vie qui peut être symbolisé par une ouverture, une mise à disposition, une publication de la connaissance. De participer à la réunion du corps et de l'esprit, les deux mondes, concentrés.
Parfois j'entends les vibrations de la terre résonner en toi, en écho. Parfois j'entends le son de l'univers, son bruit de fond.
Je pleures parce que le monde me bouleverse, sa poésie, pas dans la rue, dans les champs, avec l'amour, la quête après les papillons, courir comme un enfant.
Et puis dans la rue aussi, l'agglomération, la chair amassée, le débordement, le souffle du démon qui te lêche le visage, son poison t'aveuglant.
Et si la lune refusait d'éclairer le soleil?
Un éclair ravissant traverse l'aube, ça commence bien.
La séduction des astres.





Par voyageur anonyme
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