Un matin joyeux, la nature se réchauffe. A flanc d’un plateau rocheux dominant la plaine, il y a une grotte.
Avec le temps les racines du chêne qui la surplombe ont fendu la roche.
Elle est dérobée aux regard, perdue dans la végétation et on n’y pénètre que guidé.
Trois ermites ont vécu là
Comme le sable à l’entrée, la vie coule entre les doigts, infiniment.
Assis là
Contemplant la plaine
Contemplant les nuages
Ils me font voyager.
De la fontaine, gorgée d’images, au creux des mains trempent leurs lèvres, s’humectent le front et dansent encore, fabuleuses et
sacrées, les fées.
Un sauvage se rue vers l’ombre, se perd dans le vert feuille moite et ressort inondé de lumière.
Le vent me souffle qu’une fleur va éclore près d’ici, blanche au cœur jaune, simple, peu parfumée. Une pâquerette. Nous
l’adorerons. Ce culte la fera briller.
Le vent se tait pour ne pas la vexer. Une pluie fine l’arrose.
Puis la fille du soleil vint la butiner dispersant sa semence dorée.
Le premier pétale qui tombe, l’instant le plus beau.
Le vent se remet à souffler
Eparpillant au loin les bouts d’amour
Je sème et répand dit le vent.
L’herbe mouillée, les pieds trempés, le ciel est mauve.
Impression d’être moelleux. Comme un nuage cueillant l’aurore.
Tout peut disparaître. Rien n’a d’importance.
L’horizon est un drap tendu, où l’on projette le monde.
Il pleut du sable, les océans sont des déserts.
Je suis un ruisseau, sans source, sans marée au bout. De l’eau, une étendue. Je suis une flaque.
Les pommiers sont en fleurs, sous l’œil de la lune on dirait des nuages dans le
verger.
C’est peut-être la fin de ce monde au lever du soleil. Un mirage.
Des vers dans ces pommes qui s’écraseront dans l’herbe.
La mort couve et la terre nous accueille.
Je me souviens qu’un matin
Le jour s’est levé pour moi.