Eventrée, comme un fruit mûr au soleil, je la sens être de l'eau qui coule, focalisée sur la sensation d'écoulement, fluide. Il y a des jours où la grâce se pose
délicieuse sur elle, où elle l'étreint.
Beauté mélancolique traversant sous la pluie, la beauté englobe tout, l'automne ruisselle des arbres, l'averse, le vent, les tourbillons de feuilles, tout
concorde.
Musique blessante, violons saignants, orgues poignants, flûtes piquantes, rythme déments qui harponnent et crucifient. Dernier spécimen de l'espèce humaine, dernière
mode, dernier cri.
Elle danse la mort parmi les chrysanthèmes, un feu follet bleu sortant du front en guise de troisième oeil et de diadème. Quatre charognards planent en permanence au
dessus de sa tête. Elle est gauchère, mystérieuse et sagittaire, timide par jeu et fière.
Il y a des jours où tu suintes le bonheur, t'irradies, où ta fleur intérieure s'épanouïe, des moments où la puissance intrinsèque des choses se révèle à toi.
Quelques brusques accélérations dans la lente éclosion.
Carrément persuadé que la vie c'est de la folie furieuse, tellement incroyable mais aussi tellement excitant, rien que d'y penser j'ai un frisson d'extase, un genre
d'orgasme mystique, ça s'estompe mais quand même fortement ébranlé par l'expérience.
Puis tu fermes les yeux et tu rêves, parfois j'en suis conscient. Parfois aussi je suis conscient d'être un rêve, de son revers.
Convaincu que je suis mon propre enfer, et convaincu d'être enfermé en moi.
Nous sommes nés dans les champs, grandis dans les bois, la campagne bretonne, sous la pluie et la douceur du temps breton qui coule tout simplement comme l'eau des
rivières. A l'abri, au fond d'une famille couvant ses petits, les étouffants aussi parfois quand ils en veulent trop de la vie. Après la mer et la plage tout l'été de notre enfance, souvenirs
tranchants d'automne.
Histoire d'une adolescence toute en ivresse et en révolte, pour s'évader dans la réalité. Le goût acre de la prunelle sauvage en bouche, simple et naturel, sauvage
et orgueilleux comme un jeune cerf, je suis presque un homme, en voie de l'être.
La lune derrière les nuages brille si forte qu'on croirait au lever du jour.Une étrange parabole à propos de l'identité vient d'être émise. Musique
bouleversante.
Ici, sur la septième vertèbre du monde, pour voler il suffit que ton corps le veuille. L'esprit limpide, livré à lui-même à l'évidence. Pureté du son, vide
intérieur. Les arbres nous renseignent beaucoup sur nous-même quand on y prête attention.
Tu devrais te mettre à genoux et implorer. Dans la posture du Christ sur la croix, quelle puissance me foudroie!
Aborder la vie chaque jour avec enthousiasme c'est l'essentiel, serein quoi qu'il advienne.
Conscient que d'un certain point de vue toutes les propositions sont égales, elles n'ont aucune valeur. La virginité est un état d'esprit, tellement
évident.
Se sentir bien, profondément bien dans son corps. A l'aise, prèt à sauter.
Ecrire comme on sent, éperduement. La poésie elle est partout, c'est pas autre chose que la vie elle-même, une manière de voir et d'envisager la vie. Et ce n'est pas
un regard c'est une vision, une vision sur la vie, utilisant sa mort comme moteur.
La brume en grumeaux dépose doucement sa magie sur les toits. C'est une nouvelle vibration qui souffle en nous, un courant différent qui nous parcoure.
Lumière merveilleuse d'après l'averse un après-midi d'automne flamboyant, la nature dégouline. On peut comparer ce qui s'écrit à ces feuilles qui jonchent et
sillonnent les rues, la mort dans sa splendeur, fière et envoutée, part en lambeaux, s'évade.
Nous sommes tous enfermés dans une image du monde dans ce miroir, disparus, fondus, perdus entre les deux côtés, et nous avons la prétention d'apprendre à
voler.
Je veux qu'on m'enterre allongé sur un lit de fougères sèches au milieu d'une prairie abandonnée au bord d'un ruisseau. Je veux qu'on festoie devant un feu de joie
et de beauté, que l'on ôte les armures, dépose les masques sur l'autel des guerriers révélés.
Très heureux d'avoir épousé le mouvement de la vie qui peut être symbolisé par une ouverture, une mise à disposition, une publication de la connaissance. De
participer à la réunion du corps et de l'esprit, les deux mondes, concentrés.
Parfois j'entends les vibrations de la terre résonner en toi, en écho. Parfois j'entends le son de l'univers, son bruit de fond.
Je pleures parce que le monde me bouleverse, sa poésie, pas dans la rue, dans les champs, avec l'amour, la quête après les papillons, courir comme un
enfant.
Et puis dans la rue aussi, l'agglomération, la chair amassée, le débordement, le souffle du démon qui te lêche le visage, son poison t'aveuglant.
Et si la lune refusait d'éclairer le soleil?
Un éclair ravissant traverse l'aube, ça commence bien.
La séduction des astres.